hommage à lin li-kouang (1902-1945) · avec une grande maîtrise. lin, de son côté, se...

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Hommage à Lin Li-kouang (1902-1945) Sommaire Lin Xi : À la mémoire de mon père, Lin Li-kouang ................... 2 Cristina Scherrer-Schaub : Lin Li-kouang et les études boud- dhiques : du Dharmasamuccaya au Saddharmasmtyupasthāna- sūtra ................................................................................................... 13 Illustrations ...................................................................................... 20 Études chinoises, vol. XXXIV-1 (2015)

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  • Hommage Lin Li-kouang (1902-1945)

    Sommaire

    Lin Xi : la mmoire de mon pre, Lin Li-kouang ................... 2

    Cristina Scherrer-Schaub:Lin Li-kouang et les tudes boud-dhiques : du Dharmasamuccaya au Saddharmasmtyupasthna-stra ................................................................................................... 13

    Illustrations ...................................................................................... 20

    tudes chinoises, vol. XXXIV-1 (2015)

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    LinXi

    la mmoire de mon pre, Lin Li-kouang

    Dans un texte d M. Wang Qilong etdiffussurInternetsous lintitul Brve analyse textuelle sur la vie et luvre de Lin Li-kouang, spcialiste en bouddhologie1 on relve le passage sui-vant : Dans son livre Nous Trois, Mme Yang Jiang voque les annes o elle et son mari M. Qian Zhongshu faisaient leurs tudes Paris. Elle crit notamment : Il y avait beaucoup dtudiants chinois Paris () parmi eux, cest le couple form par Lin Li-kouang et Li Wei que nousfrquentionsassidment.Li,diplmedelafacultdelettreschinoises de lUniversit Qinghua, tait verse dans lart de la com-position de pomes chinois classiques et pratiquait la calligraphie avec une grande matrise. Lin, de son ct, se spcialisait en sanskrit et se consacrait la recherche avec beaucoup de rigueur ; il comptait obtenir le doctorat dtat de lUniversit de Paris. Aujourdhui, ce couple dont parle Mme Yang Jiang nest probablement plus connu de personne dans les milieux de la recherche. Aussi convient-il de rappeler que M. Lin Li-kouang tait trs apprci par lorientaliste Stal Holstein, rudit de nationalit estonienne, ayant vcu en Chine, et que M. Paul Demiville, sinologue franais de renom, dont Lin tait le disciple, le tenait aussi en grande estime.

    1. Cf. Foxuejia Lin Liguang xueshu yu shengping zakao , Xinan minzu daxue xuebao , 2010, n 7, p. 66-70. Cet article peut tre lu en ligne ladresse suivante : http://www.nssd.org/articles/Article_Read.aspx?id=36081625 (lien valide au 16 septembre 2015).

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    I. Un minent savant et un ardent patriote Le parcours de mon pre

    Lorsque mon pre est mort, javais seulement huit ans. Il est parti pour toujours alors que je le connaissais peine, nous laissant seuls au monde,mamreetmoi,facelacomplexitdelavieetauxdifficultsde lexistence. Pour tout tre humain, le rle dun pre est irrempla-able. Labsence dun pre, cest labsence de scurit. Un pre, cest un tronc auquel on peut se raccrocher quand rien ne va. Personnellement, je suis profondment conscient que la mort prmature de mon pre reprsente une tragdie familiale dont les consquences se font sentir toute la vie. Aprsavoiratteintlgeadulte,jaisupeupeuparmamreLi

    Wei que mon pre ne fut pas seulement un minent savant, mais aussi un ardent patriote, pris de justice.

    La ville natale de mon pre fut occupe par les envahisseurs japo-naisds1938,cequilelaissasansaucunenouvelledessienspendantdes annes. Pourtant, cela le touchait moins que le destin de la Chine alors engage dans un combat mort. Il tenait prte en permanence une petite valise pour le cas o le rgime pro-japonais de Nanjing (Nankin) ou quelque agent sa solde laurait mis en demeure de choi-sir entre la reconnaissance de ce rgime et le camp de concentration. Jai su aussi par ma mre quen 1944, alors que la guerre touchait safin,monpre,djtrsaffaibliparlamaladie,taitdescendulacavepourcacherunmetteurqueluiavaitconfiundeseslves,membredelaRsistance.

    Dans ma qute des souvenirs pars de lenfance, lun deux me revient sans peine en mmoire : en 1944, peu avant la libration de Paris, le couvre-feu tant impos ds la tombe du jour, on fermait les rideaux et on se calfeutrait chez soi. Je me souviens quune nuit, ne pouvant trouver le sommeil cause du tir cadenc dune pice dartil-lerie se trouvant proximit, je remarquais que la lampe de bureau tait encore allume. Insensible ce qui se passait lextrieur, mon pre tait encore plong dans la rdaction de la thse quil comptait prsenter pour lobtention du doctorat dtat de lUniversit de Paris. Lesvolutesdefumedesacigarettemontaientjusquauplafond.

    Quelque temps plus tard, Paris tait libr ! Je me souviens qu lannoncedecettenouvelle,mamresautadejoie.Cemomentdexal-

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    tation, nous lavions vcu dans labri antiarien o nous nous tions rfugis avec des voisins. Pourtant, mon pre ntait pas nos cts Bien plus tard, jappris quil tait dj gravement malade.

    II. Panier par panier, dplacer la terre de la montagne tout entire La persvrance de mon pre

    Mon pre Lin Li-kouang naquit en 1902 Xiamen (Amoy), dans la province du Fujian. Diplm en 1926 (voir ill. 1) de la facult de philosophiedelUniversitdeXiamen,ildevaityenseignercettediscipline en qualit dassistant tout en se consacrant des tudes sur KantetHegel.CestcettepoquequilfitlaconnaissancedeM.PaulDemiville2, minent sinologue franais. Celui-ci tait alors invit par lUniversit de Xiamen enseigner, parmi dautres matires, les rudi-ments du sanskrit et lhistoire du bouddhisme. Mon pre trouva en lui le matre qui devait linitier ces disciplines. Plus tard, il sorienta vers ltude du bouddhisme. Le professeur P. Demiville crit ce propos : Je ne tardai pas me lier avec ce grand jeune homme de vingt-deux ans, lintelligence ouverte et dj grave. Dj le travail-lait le dmon de la recherche personnelle qui devait faire son dlice et son tourment3.

    En 1929, mon pre accepta le poste dassistant lInstitut dtudes Harvard-Yanjing de Pkin que lui proposait le professeur Stal-Holstein. Une fois sur place, tout en se consacrant des recherches philologiques, il se mit tudier le sanskrit auprs de celui-ci, grand spcialiste en la matire,pouratteindreunniveauapprciable.Danslemmetemps,ilcompilait un Index chinois-sanskrit du Kyapaparivarta, index trs dtaill, o les versions chinoises successives de ce texte se trouvaient dpouilles avec leurs quivalents sanskrits (et parfois tibtains), sur

    2. P.Demiville(13sept.1894-23mars1979),sinologuefranaisetspcialistedebouddhologie, jouissant dun grand renom au sein de la sinologie internatio-nale. En 1924, il fut invit par lUniversit de Xiamen y enseigner plusieurs disciplines, et il y resta jusquen 1926.

    3. Les passages entre guillemets sont tirs de lIntroduction du professeur P. Demiville louvrage de Lin Li-kouang.

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    plusdedixmillefiches,phraseparphrase.()Cetindexnajamaisvu le jour et doit dormir quelque part Pkin ou Harvard, pour le plus grand dommage des tudes bouddhiques tellement prives encore de concordances lexicales sino-indiennes.

    Mon pre avait toujours dsir aller tudier le bouddhisme en France. Loccasion se prsenta en 1933, lorsque lcole des Langues Orientales de Paris lui proposa un poste de rptiteur de chinois. Il eutainsilapossibilitdtudierlesanskritetlepliauprsdelillustreindianiste Sylvain Lvi.

    Celui-ci avait fait copier au Npal en 1922 un volumineux recueil de stances bouddhiques, intitul Dharma-samuccaya. La copie () fourmillait de fautes presque chaque ligne. Un colophon du manuscrit indiquait que les stances taient tires du Saddharma-smty-upasthna-stra. Sylvain Lvi avait bien reconnu dans ce titre celui dun gros ouvrage du Petit Vhicule dont loriginal sanskrit est perdu, mais qui est conserv dans une version tibtaine et deux versions chinoises ; il navait cependant pas russi y retrouver les stances du Dharma-samuccaya. Cest que le compilateur, un moine obscur du nom dAva-lokitasimha, avait eu lide saugrenue de regrouper sa manire les stances du stra, et il avait si bien boulevers lordre selon lequel les stances se prsentaient dans le stra original, quun Sylvain Lvi lui-mme narrivait plus les y reprer sous leur habit tibtain ou chinois.Collationneruntelmanuscritreprsentaitunetchenormeetdesplusfastidieuses;Lvi,djtropgpourselancerdanscetteentreprise,enconfialaccomplissementmonpre.

    Aprs la mort du matre en 1936, mon pre entreprit, la Bibliothque nationale de Paris, de recopier la traduction tibtaine du stra, avant denfairedemmepourlesversionsdummetextefigurantdansleRecueildEcrituresbouddhiquesenchinois,pourlescollationnerensuite avec le manuscrit sanskrit. Ce fut une tension de toutes les journes et de bien des nuits, de toutes les heures, de tous les instants. Pas un dlassement, pas une sortie inutile ; () quant aux vacances, il en faisait des paradis de travail. Il ny manqua quune fois : cest lorsquayant appris au milieu dun t, en 1936, la mort de sa mre vn-re, il prit immdiatement le bateau pour aller lui rendre les derniers devoirsAmoy.Ilnesarrtachezluiquunmois,afinderegagnerParis temps pour la reprise des cours au dbut de lhiver. Encore est-ceaucoursdecevoyagequilfitborddupaquebotladcouverte

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    essentielledesathse,lidentificationdesstancessanskritesduDharma-samuccaya dans le texte chinois du Saddharma-smty-upasthna-stra, car il avait emport ses manuscrits dans son bagage. En ce temps-l, laller-retour par bateau prenant deux mois, son absence allait durer troismois.Bienplustard,mamremeconfiaqueresteseuledansce pays quelle connaissait peine, et dj enceinte de moi, elle eut beaucoupsouffrirdelasolitude,etque,chaquesoir,satristesseatteignaitsonpointculminantlorsquelleentendaitsonnerlaclochede St-Joseph des Carmes. Une nuit, elle sen ouvrit la vieille dame chez qui elle logeait ; celle-ci rpondit simplement : Cest la vie, ma petite. Oui, cest la vie et la vie allait nous apprendre quelle tait bien loin dtre un chemin couvert de roses

    Ainsi, force de patience et dobstination, mon pre tait donc parvenuidentifierdanslesversionschinoiseslunedesstances,puisuneautre,puisdessriesentiresetenfintoutlensemble.Travailquilui livra les moyens de corriger le texte sanskrit du Dharma-samuccaya mais sans pouvoir y apporter une mise au point qui aurait ncessit un long travail supplmentaire , puis dtablir, sous la direction du professeurL.Renou,uneditioncritiqueaccompagnedunetra-duction franaise.Cettetcheaccomplie,ilsattaquaaussittlardactiondelIn-

    troduction qui devait constituer le premier des quatre volumes de louvrage, et quil se proposait de prsenter comme thse principale pour lobtention du doctorat dEtat de lUniversit de Paris. Conue au dpart comme une tude de lvolution du Dharma-samuccaya dans le contexte de lhistoire et des langues du bouddhisme, elle tourna, du fait de ses multiples implications, en une tude densemble qui samplifiapeupeujusquconstituertoutunrecueilderecherchessur ce stra, une somme dtudes sur le bouddhisme du Petit Vhicule considr en certains stades de son volution historique. Sous linti-tul LAide-Mmoire de la Vraie Loi , lintroduction comptait cinq chapitres rpartis sur plus de trois cent cinquante pages. En outre, sur la base du collationnement de la traduction tibtaine et des deux adaptations chinoises du mme stra, mon pre avait formul de nombreuses observations fort pertinentes.

    Les volumes 2, 3 et 4 constituent une dition critique, accompagne dannotations, des 2549 stances du Dharma-samuccaya ; le texte sanskrit est dit avec la traduction tibtaine et les versions chinoises, et traduit

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    en franais par mon pre. En marge de ses recherches sur le Saddharma-smty-upasthna-stra, il avait dpouill dun bout lautre, et plus dune reprise, les deux cents volumes de la Maha-vibhasa (composante duRecueildcrituresbouddhiquesenchinois).Lesrsultatsdecesrecherches sont regroups dans les notes adjointes son ouvrage. Selon le professeur Demiville, celles-ci apportent une documentation () o ltendue de linformation, peu prs exhaustive, jointe la sret de jugement, aboutit des rsultats positifs dune valeur certaine.

    Le volume de travail tait tellement considrable que mon pre consacradixannescettetude,dontsixdurantlaSecondeGuerremondiale. Jai su par ma mre quau dbut de lt 1940, linvasion alle-mande provoqua Paris une vague de dparts en exode ; craignant que lcole des langues orientales ne se dplace dans le sud de la France, mon pre dcida que nous devions partir nous aussi. Les transports publics tant pratiquement paralyss, on ne pouvait, la plupart du temps, que marcher ; les manuscrits de mon pre sentassaient sur ma vieillepoussette;commejenavaisalorsquetroisans,mesparentsdevaient se relayer pour me porter dans leurs bras. Parmi les rares souvenirs que jai gards de ce long et pnible trajet, il mest revenu en mmoire que, lors dune alerte arienne, nous nous tions abrits sousunwagondemarchandisesdunconvoilarrtsurunevoieferre.Ainsi,enalternantmarchesethaltes,noussommesfinalementarrivs dans la banlieue dAngoulme o nous avons pu tre logs provisoirement chez lhabitant. Plus tard, en triant les objets laisss par ma dfunte mre, alors que plus dun demi-sicle stait coul depuiscetteanne-l,jedcouvrisunboutdepapiersurlequelelleavait rsum en dix caractres ce quelle avait ressenti durant ce terrible exode:Cestentantboutdeforcesquejaisuquemonfilspesaitlourd ; cest ce trajet interminable qui ma fait abhorrer le poids de ces manuscrits.LorsquaveclerefluxdelexodenousavonsregagnParis, les rayons des magasins dalimentation taient vides : sucre, conserves, huiles alimentaires, riz, etc., plus rien du tout ! Plus rien quelasombreperspectivedeslonguesannesvenirsouslabottedeloccupant. Et ce ntait quun dbut ! lpoque, dduction faite du minimum vital pour notre petite petite famille et dun peu dargent destinlachatdequelquespaquetsdecigarettesdemdiocrequalit,ce qui restait du maigre salaire de mon pre passait en ouvrages de rfrence et en photographies de manuscrits. La situation pcuniaire de

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    cegrandsavanttaitsidifficilequilluitaitmmearrivderamasserdes mgots dans la rue !

    Bien que constamment plong dans ses travaux, il arrivait par-fois que, sur la demande de ma mre, mon pre prenne les outils de menuisier pour rparer un meuble, mais ctait condition quelle ailleluiacheterunpaquetdecigarettes;pourlui,ctaitlunefaonde se dtendre pendant quelques instants.

    En juin 1944, invit en Normandie pour un court sjour chez un de ses lves des Langues O , mon pre mavait emmen avec lui. Les Allis venant alors de dbarquer, on entendait au loin le sourd grondement de la canonnade ; je me souviens que dans le jardin, il y avait une sorte dabri de fortune : une tranche peu profonde, sans doutecreuselahte,avantdtrerecouvertedeplanches.Unjour,profitantduneaccalmie,monpresemitcueillirdesfruitspourmoietlefilsdesonami(unpetitgarondummegequemoi);chaquefoisquilencueillaitun,ildemandait:Cestpourqui?Mon petit copain rpondait invariablement : Pour moi ! Lorsque mon pre posa la mme question, alors que javais dj eu un fruit, je rpondis : Cest pour papa ! Aujourdhui encore, je me souviens du sourirequiclairasonvisageenentendantcetterponse,unsourireradieux.Cettepremireet,hlas!dernireimagedemonprestaitgrave pour toujours dans ma mmoire denfant.

    Ma mre mavait souvent rappel que mon pre avait dit en fran-ais : Il ne faut pas faire semblant de travailler. Ce mot constitue lexpression concentre de son esprit de rigueur dans la recherche. Ainsi, durant les douze dernires annes de sa vie, quil avait passes en France, il avait fait preuve dune trs grande assiduit au travail : la journe tant prise par les cours de chinois, il consacrait les soires ses travaux, souvent jusque tard dans la nuit. Les privations des annes de guerre, le surmenage ainsi que langoisse lancinante que lui causait le destin de la patrie et de ses proches eurent raison de sa sant ; tomb malade en 1944, il dut tre hospitalis ; alors que son tat staitquelquepeuamlior,ildcidadequitterlhpitalparcequecelacotait trop cher. En 1945, rechute. Bientt, ce fut le pneumothorax. Puislesprparatifsdedpartpourlesanatoriumdsquelafivrefuttombe.Le12janvier1945,alorsquilpouvaitdifficilementsoutenirunteleffort,ildutprendreletrainpourserendreausanatoriumdeSt-Hilaire-du-Touvet(Isre).Laguerrentaitpasencoretermine

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    IlarrivaGrenobleextnu,aprsvingt-huitheuresdevoyagedansdestrainsnonchauffsetdattentesdansdepetitesgaresglaciales.Enpleinenuit,dansGrenoblestrictementobscurci,parquinzedegrsdegel, son bagage la main, il dut chercher pied son chemin jusque dans un faubourg loign ; et il tait une heure du matin lorsque, le soufflecoup,demi-mort,iltrouvaenfinlaportedelacliniqueLaTronche(dpendancedusanatorium)oonlattendait.Sontattaittelquilfallutlegardertroissemainesdanscetteclinique,avantdeletransporter au sanatorium proprement dit, situ en pleine montagne, dansundcorderochernu.Toujoursplusfaible,ilspuisaitcriredeslettresdontlagraphiesaltraitrapidement

    Il mourut silencieusement dans une solitude absolue, laube du 29 avril 1945 ; sa femme, prvenue trop tard, arriva dans laprs-midi en compagnie du professeur P. Dermiville. Les funrailles eurent lieuentraneau,paruneneigebattantequibouchaitlavuedixpas,aufonddecettevallelointaineoiltaitvenusendormircommeun enfant perdu.

    Mon pre se proposait de prsenter le premier volume de son dition du Dharma-samuccaya comme thse complmentaire pour lobtention du doctorat dtat de lUniversit de Paris. Malheureusement, sa mortprmatureleprivadelajoiedevoirparatrecettepartiedeson ouvrage.

    Il navait alors que quarante-trois ans. Lanne suivante, ses restes furent transfrs au cimetire du Pre-Lachaise o il repose pour lter-nit(ill.2et3).Dansunelettreadressemamrele1ernovembre1977,leprofesseurPaulDemivillecrit:CestaujourdhuilaToussaint,etcomme chaque anne, jai t au cimetire du Pre-Lachaise dposer sur latombedemonamitoujoursregrettunetouffedebruyre,desfleurstoutes simples. mais qui supportent le mieux lexposition en plein air. La tombe est toujours en excellent tat, avec votre inscription, et il y avait dj deux ou trois autres bouquets dposs par je ne sais qui

    Quidoncregretteraquauxtempessescheveuxserarfientcommefilsdesoie,Sil parvient, panier par panier, dplacer la montagne tout entire?CestforcedefrotterlapierredelencrierQue lon peut russir, dit-on, ciseler son uvre. (ill. 4)

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    Ces sentences parallles, mon pre les avaient calligraphies sur deux bandes de papier qui ornaient sa chambre de travail parisienne. Faire revivre les tudes bouddhiques : telle fut sa vocation, telle fut luvre laquelle il consacra toutes ses forces. Ce fut sa vie, et ce fut sa mort.

    Aussitt aprs son dcs, son matre Paul Demiville se mit prparerpourlapublicationlesmatriauxinachevsdecettetude,tels quils furent trouvs dans ses dossiers. Le tome ii (chap. i v du recueil sanskrit) sortit de presse ds 1946. Quant au tome i, savoir lIntroduction, il fut dit en 1949. Le professeur P. Demiville sou-lignecesujet:Danslescirconstancesdifficilesdaprs-guerre,cettepublicationareulappuiduCentrenationaldelaRecherchescientifiqueetduMuseGuimet,ainsiquedelAcademiaSinica:onsaura un gr tout particulier M. Adrien Maisonneuve de ne pas stre laissarrterparlesgravesdifficultsdelheure.

    Dans sa Brve analyse textuelle sur la vie et luvre de Lin Li-kouang, spcialiste en bouddhologie , M. Wang Qilong poursuit : Que ce soit en Chine ou ltranger, il nest pas rare et cest tout fait normal, quun disciple travaille en vue dassurer la publication posthume des travaux de son matre ; en revanche, il est trs rare, sur-tout en Occident, quun matre le fasse pour son disciple dcd. En effet,aprslamortdeLinLi-kouang,surlabasedesdossiersquilavaitlaisss, la rvision des tomes iii et iv de son ouvrage fut entreprise par le professeur P. Demiville avec le concours de deux autres savants, M. Andr Bareau, directeur dtudes lcole des Hautes Etudes et M. J.W. De Jong, professeur lUniversit nationale dAustralie Canberra. On doit celui-ci davoir labor les appendices de ces deux tomes, tandis que M. Jean Maisonneuve, de la Librairie dAmrique et dOrient, a assur la publication du tome iv,compltantainsicettelourdeditionhrite de son pre. Ces deux tomes ont vu le jour respectivement en 1969 et 1973, soit plus de vingt ans aprs la mort de lauteur.

    Louvrage monumental de mon pre, bas sur une recherche en pro-fondeur par analyse critique et collationnement de textes bouddhiques anciens, reprsente une contribution apprciable aux tudes sur le bouddhisme en Chine. Le professeur P. Demiville le situe la hauteur des travaux de Xuanzang (602-664 apr. J.-C.), rudit de la dynastie des Tang,connupoursestraductionsdetextesbouddhiques.En1949,ilnotait

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    dans son Introduction louvrage de Lin Li-kouang : () Comment ne pas reconnatre une manire de saintet ce labeur svre, soutenu aumprisdelafaiblessecorporelle,delapauvret,delasolitude?

    De son ct, dans un courrier dat du 21 novembre 1979, M. Jean Maisonneuve mcrivait notamment : Jai gard un excellent souvenir de votre pre et le considre comme un des grands savants de notre poque.

    Dans un article intitul : la mmoire de Lin Li-kouang4, M. Xu Wenkan crit, de son ct : Cet ouvrage, salu unanimement en tant que contribution la plus importante du xxe sicle aux tudes sur la dernire priode du bouddhisme du Petit Vhicule, fait lobjet jusqu prsent dune considration gnrale dans le milieu interna-tional de la recherche.

    Quelque temps aprs la mort de mon pre, un spcialiste franais de langue sanskrite demanda ma mre si elle pouvait consentir lui cdercertainsouvragesdrudition,djpuiss,maisfigurantdansla bibliothque de mon pre, ajoutant quil tait prt payer au prix fortetendollarsamricains.Cetterequteseheurtaunrefuscour-tois, tant donn que ma mre souhaitait quun jour viendrait o elle pourraitfairedonducontenudecettebibliothquelamre-patrie.Verslafindelanne1952,lorsquemamreetmoinoussommes

    embarqus sur La Marseillaise, grand paquebot transocanique des Messageries Maritimes, pour nous rinstaller Beijing (Pkin), deux grandes caisses enregistres se trouvaient en soute : elles contenaient les livres drudition de mon pre, en tout cent volumes.

    Peu aprs notre arrive Beijing, sans mme avoir pris le temps desouffler,nousnoussommesrendusladouanedeTianjinpouryretirerlescaisses.Le20fvrier1953,cesouvragesfirentlobjetdunedonation la bibliothque de lUniversit de Pkin. Ce jour-l, le vu quemamreavaitformilyadesannestaitenfinexauc.

    Lin Xi, Beijing, le 3 fvrier 2015.

    4. Cf. Lin Liguang xiansheng de shengping yu xueshu gongxian , Dongfang Zaobao (17.06.2012) : voir en ligne http://whb.cn/xueren/20976.htm?

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    Appendice Titresdesouvragesdemonpreditstitreposthume

    I. Dharma-Samuccaya []. Compendium de la loi : recueil de stances extraites du Saddharma-smtyupasthna-strapar Avalokitasiha, volume 1 : chapitres I-V, texte sanskrit dit avec la version tibtaine et les versions chinoises et traduit en franais par Lin Li-kouang, Paris : Adrien-Maisonneuve, 1946.

    II. LAide-mmoire de la vraie loi, Saddharma-smtyupasthna-stra.Recherches sur un Stra Dvelopp du Petit Vhicule : Introduction au Compendium de la loi (Dharma-samuccaya) [], par Lin Li-kouang, introduction de Paul Demiville, Paris : Adrien-Maisonneuve, 1949.

    III. Dharma-Samuccaya. Compendium de la loi : recueil de stances : extraites du Saddharma-smtyupasthna-stra par Avalokitasiha, volume 2 : chapitres VI-XII, texte sanskrit dit avec la version tibtaine et les versions chinoises et traduit en franais par Lin Li-kouang, rvision dAndr Bareau, J. W. De Jong et Paul Dmiville, Paris : Adrien-Maisonneuve, 1969.

    IV. Dharma-Samuccaya. Compendium de la loi : recueil de stances extraites du Saddharma-smtyupasthna-strapar Avalokitasiha, volume 3 : chapitres XIII-XXXVI, texte sanskrit dit avec la version tibtaine et les versions chinoises et traduit en franais par Lin Li-kouang, rvision dAndr Bareau, J. W. De Jong et Paul Demiville, Paris : Adrien-Maisonneuve, 1973.

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    CristinaScherrer-Schaub*

    Lin Li-kouang et les tudes bouddhiques : du Dharmasamuccaya au Saddharmasmtyupasthna-stra

    LeparcoursdulettrchinoisLinLi-kouangquipassalesdouzedernires annes de sa vie en France illustre de manire exemplaire la tradition dchanges et de passions rciproques entre lAsie et lEurope, vieille de plusieurs sicles et qui continue de nos jours. La personnalit du savant chinois se devine la lecture de lmouvant hommage que son ami Paul Demiville lui rendit dans lIntroduction LAide-mmoire de la vraie loi1 :

    Toutdabordattirparlaphilosophie,commeilarrivecetgeo se posent les grands problmes, il sorienta vers ltude du bouddhisme; son got de la pntration en profondeur ne tarda

    1. Introduction au compendium de la loi (Dharma-samuccaya). Laide-mmoire de la vraie loi (Saddharma-smtyupasthna-stra). Recherches sur un Stra Dvelopp du Petit Vhicule, par Lin Li-kouang. Introduction de P. Demiville Professeur au Collge de France. Paris : Adrien-Maisonneuve, 1949, p. i-xv. Ce volume fut prcd de la parution en 1946 de la premire partie du Dharma-samuccaya (voir ci-aprs note 6) dont lexemplaire personnel de Paul Demiville est conserv la bibliothque de la Socit Asiatique de Paris. Madame Lin-Li Wei, lpouse de Lin Li-kouang, ddicace louvrage Demiville, sur la page de garde, en avril1946[nosvifsremerciementsvontCostantinoMorettiquialuletextepournous].DemivilleajoutedesamainReule28avril1946,veilledelanniversaire de la mort de Lin Li-kouang (voir ill. 5)

    * Cristina Scherrer-Schaub est directeur dtudes mrite lcole pratique des hautes tudes.

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    pas le convaincre de la ncessit de remonter aux sources, cest--dire aux textes originaux de lInde. Cest ce moment, en 1924, que le hasard mla nos chemins.

    Paul Demiville qui se trouvait alors lUniversit dAmoy o il enseignait parmi dautres matires, les rudiments du sanskrit et de lhistoire du bouddhisme devint ainsi le premier matre dindianisme du savant chinois. Cinq ans plus tard, le baron balte Alexander W. von Stal-Holstein, professeur lUniversit de Harvard, fut charg dorganiser Pkin un institut dtudes sino-indiennes, [et] lui pro-posa un poste dassistant . Lin Li-kouang, qui lAcademia Sinica, baseCanton,venaitdoffrirunpostederecherche,attirparPkinacceptaloffredeStal-Holsteinet,paradoxalement,commelesouligneDemiville ce fut pour retrouver la vieille Chine que ce Chinois la fois trs conservateur et trs moderne entra au service de ltranger .

    Lin Li-kouang qui entre temps stait form la philologie boudd-hique tablit un index sanskrit-chinois du Kyapa-parivarta, sans doute sollicit par Stal-Holstein, diteur du clbre Mahyna-stra de la section canonique du Ratnaka. Le travail trs dtaill et par-ticulirement prcieux comme le note Demiville2 na jamais vu le jour et doit dormir quelque part Pkin ou Harvard, pour le plus grand dommage des tudes bouddhiques tellement prives encore de concordances lexicales sino-indiennes.

    Les fouilles archologiques et lexploration de nombreux sites bouddhiques,effectuesdurantlespremiresdcenniesdusicleder-nier,rvlrentdanstoutesonampleurlephnomnedediffusiondubouddhisme en Asie. Limportance sur le plan international des travaux accomplis alors en France3 faisait de Paris un lieu dexcellence pour

    2. Ibid., p. vii(introduction).3. Les fouilles archologiques entreprises notamment par Alfred Foucher, les

    tudes de philologie bouddhique runissant les spcialistes des langues boudd-hiques anciennes autour de Sylvain Lvi et sous la protection bienveillante dmile Senart, la mise sur pieds dinstitutions et centres de recherche, mais aussi la collaboration trs troite des savants franais avec leurs homologues asiatiques,russes,europensetamricainsfirentdelaFrancelecentredeladiscipline et le lieu o divers projets virent le jour. Cf. parmi les publications rcentesconcernantlessavantsdecettepoqueGrigorijBongard-Levin,RolandLardinois, Aleksej A. Vigasin (ds.), Correspondances orientalistes entre Paris et

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    les tudes bouddhiques. En 1933, Lin Li-kouang qui rvait de venir tudierlebouddhismeenFrancequittelaChinepourrejoindrePariso il occupera le poste de rptiteur de chinois lcole des Langues Orientales. Cest alors que

    [T]outensaquittantavecuneconsciencescrupuleusedelensei-gnement de sa langue maternelle, il avait entrepris sous la direction de Sylvain Lvi un travail drudition aussi monumental quingrat. Lillustre indianiste, parfois enclin mesurer les forces de ses lvesdaprslessiennes,luiavaitconfilditiondunmanuscritsanskrit quil avait fait copier au Npal en 1922. Ctait un recueil de stances bouddhiques, intitul Dharma-samuccaya, et dont il existe en chinois une mdiocre traduction du xie sicle4.

    Sylvain Lvi qui vraisemblablement eut entre ses mains le manus-crit original du Dharma-samuccaya dat de 11735 en demanda copie au Paita Siddhihara de Katmandou. Intrigu par la deuxime strophe du premier chapitre, Lvi chargea Lin Li-kouang de rep-rer les gth du Dharma-samuccayaextraitesdelocandustra

    Saint-Ptersbourg(1887-1935).Paris:AcadmiedesInscriptionsetBelles-Lettres,2002 ; Lyne Bansat-Boudon,RolandLardinois (ds.), Sylvain Lvi (1863-1935). tudes indiennes, histoire sociale,Turnhout :Brepols,2007;AnnickFenet, Documents darchologie militante. La mission Foucher en Afghanistan (1922-1925), Paris:AcadmiedesInscriptionsetBelles-Lettres,2010;Jean-PierreDrge, Michel Zink (ds.), Paul Pelliot : de lhistoire la lgende. Paris : Acadmie des InscriptionsetBelles-Lettres,2013.

    4. Laide-mmoire de la vraie loi, op. cit., p. x(introduction). Pour une nouvelle dition du Dharma-samuccaya,voirVijayaakara Caube, Dharmasamuccaya, Vras:Samprnanda-Sasktavivavidylayasya,1993.

    5. Voir Cristina Scherrer-Schaub,VisiteauxstpadesBuddhadupassdans le Saddharmasmtyupasthna-stra.DesStraetdesmilieuxpluriels(paratre).SylvainLvidansunelettreadressedeKatmandouAlfredFoucher le 12 juin 1922 mentionne entre autres trouvailles : [] le recueil de vers contenus dans le Saddharmasmtyupasthna-Stra sur lequel (habent sua fatalibelli) jaitlepremierappelerlattentiondansmonarticle[]PourlhistoireduRmyana[]donttuavaissiamicalementsignlimpressionenmon absence ; voir Annick Fenet,Documents darchologie militante, op. cit., p. 207

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    dvelopp Saddharmasmtyupasthna (SSUS)6 . Or, Avalokitasiha, lauteur du Dharma-samuccaya (DS), avait rordonn les stances sa guise et le travail de reprage exigea, de la part de Lin Li-kouang, la lecture intgrale du gigantesque SSUS qui ntait alors accessible quen traduction chinoise et tibtaine. Lenqute prouvante permit nanmoins Lin Li-kouang dexplorer louvrage et de fournir un rsumcommentdunepartieimportantedutexte,didentifierlesallusions et les rfrences directes aux textes gravitant autour du SSUS, bref de nous laisser un hritage dune rare importance. En dpit de la distance temporelle qui nous spare des travaux de Lin Li-kouang, en partie dpasss du fait des dcouvertes successives de nouveaux documents, il serait pour le moins dangereux et prtentieux de faire lconomiedutravaildulettrchinois.

    Un manuscrit sanskrit du Saddharmasmtyupasthna-stra fut retrouv rcemmentauTibetdanslescollectionsdemanuscritsindienssurfeuilles de palmier (en tibtain tale loma). Les tale-loma parvinrent au Tibet,essentiellementpartirduxie sicle de notre re, transports pardessavantsindiensoutibtainsayantsjournenIndeet/ouserendantauTibet.Cescollections,pourlaplupartconservesdansles bibliothques de monastre, notamment Sakya, parvinrent un moment donn de leur histoire aux palais du Potala Lhasa et au Norbulingka, anciennes rsidences des Dala lama7.

    6. Voir Dharma-samuccaya : Compendium de la Loi. 1re partie (chapitres i v), Texte sanskrit dit avec la version tibtaine et les versions chinoises et traduit en franais, par Lin Li-kouang. Paris : Adrien Maisonneuve, 1946, p. 4 : saddharmasmtyupasthna-stra-vaipulya-sgart/gth samuddhariymiloka-locanatatpar //.

    7. UneditiondesmanuscritssanskritsconservsdansleTARetPkin,comprenant les facsimile en couleur et les catalogues des uvres, rendra accessibles environ soixante mille textes, distribus en plusieurs volumes. Paul Harrison revient sur les vicissitudes bien connues de ces collections dansEarlierInventoriesofSanskritManuscriptsinTibet.ASynopticListofTitles,in P. Harrison et J.-U. Hartmann (ds.), From Birch Bark to Digital Data: Recent Advances in Buddhist Manuscript Research. Papers Presented at the Conference Indic Buddhist manuscripts: The State of the Field. Stanford, June 15-19, 2009, Wien : sterreichische Akademie der Wissenschaften, 2014, p. xii, xiv, 279-290.

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    Le manuscrit sanskrit fragmentaire du SSUS est aujourdhui en cours dtude par les soins de Mitsuyo Demoto (Universit de Marburg), Daniel Stuart et Vesna Wallace (Universit de Berkeley). Stuart dans sa thse8 donne une dition critique du deuxime chapitre sur la base des traductions chinoise, tibtaine et mongole avec une traduction anglaisefinementcommente,letoutprcddunetudefouilleportant sur le contexte particulier du chapitre en question. Ce travail claire dune manire admirable la partie doctrinale du SSUS qui ensemble avec le premier chapitre fournit le noyau thorique du texte. Le jeune savant amricain, avec une fougue comprhensible maispartiellementinjustifie,ensoulignantlimportanceduprocessusmditatifdansleSSUS,regretteetcritiquelepeudintrtmanifestpar les bouddhisants du pass lgard de ces doctrines9. En ce qui concerne Lin Li-kouang on peut penser quil prit avant tout la voie royale,quiluitaitindiquedanslenidna10, le rcit douverture donnantlescirconstancesetlemotifdelacompositiondustra11. Aussi, le pratiquant (bhikuet/ouyogcra)doitcertessexercerselonses capacits aux pratiques mditatives, cela va de soi, mais il doit aussitendrelechampsmditer,pourparvenirenfinvisualiserle tout (sarva-dharma) sachant que le tout , son tour, est le rsultatdelapeinturedupeintrequestlementalquidessine/colorela varit des actes (karman)12.

    8. DanielM.Stuart, A Less Travelled Path: Meditation and Textual Practice in the Saddharmasmtyupasthna(stra),Thsesoutenueen2012lUniversityofCalifornia at Berkeley.

    9. Chaquepoqueeneffetestmarqueparunthmequidomineladisciplineet du temps de Lin Li-kouang lhistoire textuelle dans toute la varit de ses dclinaisons tait au centre de la recherche.

    10. Cf. Laide-mmoire de la vraie loi, op. cit., p. 237-239.11. Sur ce point, voir Cr. Scherrer-Schaub ( paratre).12. Lin Li-kouang rsume ce thme et souligne limportance des donnes intressant

    la peinture que lon peut glaner dans le SSUS : cf. Laide-mmoire de la vraie loi, op. cit.,p.90-98;Cr.Scherrer-Schaub,ScribesandPaintersontheRoad:InquiryintoImageandTextinIndianBuddhismanditsTransmissiontoCentralAsiaandTibet,in Anupa Pande (d.), The Art of Central Asia and the Indian Subcontinent in Cross-Cultural Perspective,NewDelhi:NationalMuseumInstitute, 2009, p. 40-43.

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    Avec le troisime chapitre, portant sur les enfers13, la premire des destines (gati)analyseparleSSUS,lelecteuret/oupratiquantentrede plain-pied dans le parcours cosmo-didactique du texte (qui devrait constituer pour le bhikuetyogcrapratiquantleprocessusprogressif de visualisation). Ici les donnes doctrinales des chapitres prcdents sont reprises (parfois avec des variantes de taille) lint-rieur dune fresque qui rappelle beaucoup le cycle des textes cosmolo-giques tels le Lokaprajapti14, mais aussi le Traibhmi bra Rva15. Les textes cosmologiques, partie intgrante de la scolastique bouddhique, pouvaientaussicirculerensembleaveclesopusculesdifiants,telle Karmavibhaga,faisantensommefiguredemanuelsdecatchse illustrative et illustrer , notamment sur les monuments, le long desvoiesdediffusiondubouddhisme,enAsiedusudparexemple.

    Aussi les deux premiers chapitres du SSUS peuvent se lire galement commeuneversionlaboredesopusculesdifiantsauxquelsnousvenons de faire allusion. Sylvain Lvi du reste ne sy tait pas tromp, qui assigna Paul Mus ltude du manuscrit sanskrit du agatikrik, trouvluiaussiauNpal.CettetudepourraitavoircontribuinspirerlacompositionlittrairegrandioseduBorobudur,dontlemonumentponyme, soit dit en passant prsente des analogies de structure avec la composition du Saddharmasmtyupasthna-stra.

    Nanti dune connaissance prodigieuse des textes bouddhiques et notamment du Mahvibh16, Lin Li-kouang nous laisse de nom-breusestudestrsfinesportantsurlesdiversescatgoriesdtres,prsents dans les destines (gati) du SSUS, ainsi que des recherches fouilles sur les personnages qui y apparaissent, notices prcieuses que

    13. Voir Mitsuyo Demoto,Die128NebenhllennachdemSaddharmasmtyu-pasthnastra,in Martin Straube (d.), Psdikadna : Festschrift fr Bhikkhu Psdika,Marburg:IndicaetTibeticaVerlag,2009,p.61-88.Cechapitreestgalement tudi dans la belle thse de Costantino Moretti, Gense dun apo-cryphe bouddhique. Le Stra de la pure dlivrance ( paratre).

    14. Cf. Laide-mmoire de la vraie loi, op. cit., p. 127-144.15. GeorgeCoeds, Charles Archaimbault, Les trois mondes (Traibhmi Bra Rva),

    Paris : cole Franaise dExtrme-Orient, 1973.16. Cf. Laide-mmoire de la vraie loi, op. cit., p. ii-iii (introduction) : [Lin] avait

    dpouill dun bout lautre et plus dune reprise, les deux cents volumes chinois de la Mahvibh.

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    les trs savants rdacteurs du Hbgirin nont pas manqu dinclure dans le Dictionnaire17. Lin Li-kouang avait trs bien vu tout ce que le terme saddharma du titre de louvrage impliquait et rappelle cela en paraphrasant lide de Vasubandhu dans lAbhidharmakoabhya : Le terme smtyupasthna du titre doit donc sentendre au sens le plus large,cest--direausensdelatroisimedesdfinitionsdesquatresmtyupasthna, selon laquelle le smtyupasthna, en qualit dobjet (lambana-smtyupasthna),sidentifieavectouslesdharma18. Et tous les dharma (sarva-dharma) comme nous lavons vu est le tout du fruit des actes (karma-vipka), bref la roue des existences (bhava-cakra) ou sasra, ce qui pourrait expliquer limmensit de la fresque que lauteur du Saddharmasmtyupasthna-stra a tent de reproduire.Verslafindesannesquatre-vingtdusicledernierlhistoiresemble

    se rpter. la suite de la redcouverte des manuscrits sanskrits du Tibet,lestudesdephilologiebouddhiqueenChineconnaissentunrenouveau, marqu dabord par la venue en Europe de jeunes savants qui se formeront aux pieds de bouddhisants clbres, tandis que dautres se rendent auprs de matres japonais. Cet lan sera suivi dun intrt grandissant portant sur les dcouvertes de manuscrits bouddhiquesdAsiecentraleetdAfghanistanetsurladiffusiondubouddhisme dans ces rgions date ancienne.

    Aussi, la tradition dchanges que Demiville craignait de voir disparatre la mort de son ami19 a repris avec une intensit remar-quable. Les jeunes chercheurs chinois daujourdhui savent-ils que Lin Li-kouangfutlundeleursmeilleursdevanciers?

    17. Sur la gense du Dictionnaire qui prit forme durant les premires dcennies dusicledernier,voirlalettrequmileSenartadressale10septembre1919Alfred Foucher qui se trouvait alors Simla : Annick Fenet,Documents darcho-logie militante, p. 162, n. 11 ; voir aussi Paul Demiville, Hbgirin. Dictionnaire encyclopdique du bouddhisme daprs les sources chinoises et japonaises,Tky:Maison franco-japonaise, 1929, fascicule premier, p. i.

    18. Cf. Laide-mmoire de la vraie loi, op. cit., p. 1.19. Cf. Laide-mmoire de la vraie loi, op. cit., p. xiv-xv (introduction) : Il lui fallut sept

    ansdeprparationpourquelaChinepossdeenfinunspcialisteaptefairerevivre les tudes bouddhiques tombes, depuis des sicles, en dcadence dans ce pays qui se doit dy briller entre tous ; et de longtemps peut tre il ne se retrouvera personnepourprendrel-baslaplacequilattendaitlattedecettediscipline.

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